Millenium Mambo

Millenium MamboQui aime les histoires carrées et « efficaces », les scénarios bien huilés, ne pourra pas aimer le dernier Hou Hsiao Hsien.
Millenium Mambo ne raconte rien de vraiment racontable, rien qu’on imagine pouvoir remplir un film ordinaire de près de deux heures. Mais justement Millenium n’est pas un film ordinaire, c’est un film de HHH, ce qui signifie : dilatation du temps jusqu’à l’ivresse, chronologie faussement destructurée (mais extrêmement travaillée), accumulation de plans a priori inutiles mais cinématographiquement magiques.

Pendant deux heures le spectateur est invité à suivre les errances urbaines, sentimentales et alcoolisées de Vicky, jeune Taiwanaise de 20 ans.
Rien de nouveau à l’ESt : la vie des jeunes faux branchés de Taipei ressemble bigrement à celle des autres « jeunes » de Paris, de NY, ou de Berlin. A savoir : nuits sous acides à attendre le matin dans un déluge de techno, journées passées à s’ennuyer et attendre la nuit, etc etc…
Au final : une forte impression de tourner en rond et d’aller nulle part. Le cinéma de HHH est parfaitement adapté pour rendre à l’écran cette espèce de nausée moderne, d’ennui peut être volontaire. Le cinéaste utilise en effet le temps comme un matériau malléable à souhait. Succession de flash back (le spectateur peut parfois se perdre dans ces méandres) et de plans longs (très longs) qui s’épuisent d’eux mêmes, HHH a construit un film de « sampling » : il manie le temps comme le DJ manie des séquences musicales. Par des motifs sans cesse répétés qui semblent s’enchainer sans véritable logique temporelle, on arrive finalement à une oeuvre troublante, justement belle à cause de sa lenteur et de son ressassement sans cesse répété.

Film nostalgique qui, comme ses personnages, regarde le cours du temps passer avec impuissance et un vague pincement au coeur. On pourrait dire qu' »il ne se passe rien » dans Millenium Mambo, mais au contraire : il se passe tout car c’est la vie qui y passe, et qui coule et qui fuit, comme un fleuve à la lenteur hypnotique.
Le motif musical, gimmick mélancolique qui accompagne dès les premières scènes la voix off de la narratrice-héroine, la beauté irrédiante de l’actrice principale (Shu Qui), et celle, époustouflante, des images (les séquences tournées sous la neige du Japon sont véritablement magnifiques) finissent par emporter les derniers doutes quant à la valeur du dernier HHH : ce film est un diamant brut.

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