Minority Report

Minority ReportPour endiguer la criminalité californienne, un nouveau système est utilisé : les individus sont arrêtés avant même que le crime ne soit commis. Le système fonctionne parfaitement jusqu’au jour ou John Anderton, le chef de la brigade, visionne des images qui révèlent son propre crime. Il décide alors de fuir, persuadé qu’il ne tuera personne.

Nombreux sont les films qui ont déjà utilisé l’hypothèse déterministe (« tout est déjà écrit ») pour construire leurs scénarios. Steven Spielberg a cette fois-ci décidé d’exploiter le procédé afin de mettre en place un thriller noir qui se déroule en 2054. Plus que le scénario, c’est la vision que propose le réalisateur du futur, qui tranche d’ailleurs complètement avec ses précédentes œuvres, qui fait la force de « Minority Report ». La richesse visuelle du film y est toujours impressionnante mais c’est cette fois pour mieux dépeindre un monde gris et perdu dans sa propre routine.

Au delà de son inventivité permanente, « Minority Report » s’affirme haut et fort comme un thriller baroque dans lequel Tom Cruise joue les fugitifs du futur. Spielberg maîtrise parfaitement son oeuvre en adoptant d’emblée un style emphatique qui tranche avec l’ultra-modernité du monde décrit. En ce sens, la photographie cafardeuse du film n’hésite pas à multiplier les contrastes artificiels à l’interieur d’une même image, allant parfois jusqu’à l’excès. De la même façon, la bande-son accompagne magistralement l’action en proposant principalement des airs classiques.

Comme souvent chez Spielberg, le film fonctionne grâce à une succession de séquences originales au centre duquel se retrouve le héros. Dès les premières scènes, le film trouve son rythme propre, rythme qu’il conservera sans temps mort jusqu’à la fin, alliant ainsi parfaitement l’histoire aux effets spéciaux et à l’action.

Le seul bémol réside peut-être dans le dénouement final. A l’image de « AI », celui-ci se fait attendre, ce qui donne un peu l’impression d’alourdir un récit déjà particulièrement riche. D’autre part, le réalisateur évite trop systématiquement d’aborder de façon plus philosophique le thème qu’il utilise, ce qui se ressent sur la qualité du récit.

L’accueil dithyrambique que l’on a réservé à « Minority Report » est peut-être exagéré. Ce film constitue simplement la preuve que Steven Spielberg est arrivé, en conservant des thèmes qui lui sont chers, à renouveler en profondeur un style qui virait de plus en plus au rose bonbon. Il n’en reste pas moins un film qui renouvelle avec fracas le genre du thriller. Il s’inspire d’ailleurs nettement des films de science fiction de ces dernières années.

Se sentant dans le devoir de continuer le travail de Kubrick depuis sa mort, Spielberg, après nous avoir sorti un A.I. bien loin de nos espérance, nous propose une adaptation d’un roman de Philip.K. Dick. Les thèmes abordés dans Orange Mécaniques étaient à priori au programme, mais bizarrement, ces rapports minoritaires n’abordent quasiment jamais l’un des fondements d’un tel scénario : l’éthique et la philosophie. Tout y est présenté ici comme étant une chose normale et absolument pas critiquée pour le fond, mais uniquement pour son efficacité. Un tel positionnement du film quant à sa réflexion principal peut surprendre, et je n’ai toujours pas trouvé les réponses. D’autres thèmes comme le libre arbitre sont un peu plus poussés (si on peut dire), mais tout cela reste malheureusement anecdotique.

Si l’on met de côté à cet énorme manquement, je qualifierai la vision de « Minority Report » comme un bon moment de cinéma. Pas un grand. Et vu le tappage médiatique, ce n’est pas forcemment une bonne chose. Les scènes sont propres, l’univers bien défini et le scénario bien ficelé, mais il manque l’étincelle; celle qui fait qu’on s’accroche au fauteuil. Ces nombreux défauts (notamment une volonté de faire de l’esbrouffe et une fin qui prends tout son temps), font un peu tâche dans un film qui se veut extrèmement ambitieux. De même, on ne peut pas vraiment dire que le film gagne à sur-utiliser Tom Cruise qui, sans être mauvais, ne nous offre pas une performance mémorable.

Au final, l’avis sur ce nouveau Spielberg est quand même très mitigé. J’ai passé un bon moment et vu un film correct. Cependant, il ne peut viser à se mettre dans des catégories supérieurs. Une déception pour un film un peu trop attendu pour ce qu’il est.

Million Dollar Hotel

Million Dollar HotelUn vieil hotel sert de squat a de nombreux paumés, qui vivent ensemble quasiment tout le temps. Cependant, la mort de l’un de ces personnages va entrainer une enquête, à laquelle va se lier une histoire d’amour.

Wim Wenders, connu dans le milieu cinématographique pour ses films lyriques et poétiques intègre un décor urbain de façon magnifique dans cette histoire d’amour totalement hors-norme, et tellement forte.
L’ensemble du film découvre peu à peu les personnages qui évolueront vraiment beaucoup, en particulier Mel Gibson qui joue, au départ, un flic facho qui devient de plus en plus humain… à l’opposé des personnages secondaires qui font le voyage inverse.
Evidemment, le duo amoureux crève l’écran; Jeremy Davies (« Il faut sauver le Soldat ryan ») et Milla Jovovich (5ème Element, Jeanne d’Arc) y jouent le rôle de deux paumés retardés mais magnifiques… comme leur amour qui se développe à travers des scènes d’une rare intensité.
Leur côté étrange nous rapproche encore plus d’eux, si bien que l’on entre à 100% dans leur univers, en excluant et en jugeant presque les autres personnages du film (un peu plus normaux).

Un film comme celui-ci ne pourra être décrit ou raconté mais mérite assurément d’être vécu, tant la maîtrise de la caméra est apparente… rarement on aura vu d’aussi belles images urbaines. On mentionnera aussi la superbe bande originale, dont l’auteur Bono (du groupe U2) est aussi le co-auteur du scénario. Cette bande originale, donc, permet vraiment de développer une ambiance qui correspond à l’hotel, une ambiance en meme temps bizarre et chaleureuse.

Pour conclure, « Million Dollar Hotel » est un film bien particulier qui ne plaira évidemment pas à tout le monde ( ca se saurait si Wenders faisait des films tout public) mais qui fait parti des très bons films de l’année.

Millenium Mambo

Millenium MamboQui aime les histoires carrées et « efficaces », les scénarios bien huilés, ne pourra pas aimer le dernier Hou Hsiao Hsien.
Millenium Mambo ne raconte rien de vraiment racontable, rien qu’on imagine pouvoir remplir un film ordinaire de près de deux heures. Mais justement Millenium n’est pas un film ordinaire, c’est un film de HHH, ce qui signifie : dilatation du temps jusqu’à l’ivresse, chronologie faussement destructurée (mais extrêmement travaillée), accumulation de plans a priori inutiles mais cinématographiquement magiques.

Pendant deux heures le spectateur est invité à suivre les errances urbaines, sentimentales et alcoolisées de Vicky, jeune Taiwanaise de 20 ans.
Rien de nouveau à l’ESt : la vie des jeunes faux branchés de Taipei ressemble bigrement à celle des autres « jeunes » de Paris, de NY, ou de Berlin. A savoir : nuits sous acides à attendre le matin dans un déluge de techno, journées passées à s’ennuyer et attendre la nuit, etc etc…
Au final : une forte impression de tourner en rond et d’aller nulle part. Le cinéma de HHH est parfaitement adapté pour rendre à l’écran cette espèce de nausée moderne, d’ennui peut être volontaire. Le cinéaste utilise en effet le temps comme un matériau malléable à souhait. Succession de flash back (le spectateur peut parfois se perdre dans ces méandres) et de plans longs (très longs) qui s’épuisent d’eux mêmes, HHH a construit un film de « sampling » : il manie le temps comme le DJ manie des séquences musicales. Par des motifs sans cesse répétés qui semblent s’enchainer sans véritable logique temporelle, on arrive finalement à une oeuvre troublante, justement belle à cause de sa lenteur et de son ressassement sans cesse répété.

Film nostalgique qui, comme ses personnages, regarde le cours du temps passer avec impuissance et un vague pincement au coeur. On pourrait dire qu' »il ne se passe rien » dans Millenium Mambo, mais au contraire : il se passe tout car c’est la vie qui y passe, et qui coule et qui fuit, comme un fleuve à la lenteur hypnotique.
Le motif musical, gimmick mélancolique qui accompagne dès les premières scènes la voix off de la narratrice-héroine, la beauté irrédiante de l’actrice principale (Shu Qui), et celle, époustouflante, des images (les séquences tournées sous la neige du Japon sont véritablement magnifiques) finissent par emporter les derniers doutes quant à la valeur du dernier HHH : ce film est un diamant brut.

Michel Vaillant

Michel VaillantBaignant dans la voiture depuis qu’il est tout petit, Michel Vaillant est aujourd’hui le coureur vedette de l’écurie familiale. Mais alors qu’ils se préparent pour les 70ème 24h du Mans, leurs grands rivaux, la Team Leader, annonce son retour à la compétition…

Alors que les adaptations de comic books s’enchaînent à Hollywood, les Français se lancent également dans la bataille, tentant l’adaptation d’une bande dessinée de Jean Graton.
Si l’idée peut sembler bonne de prime abord, on commence à douter à l’évocation du nom du producteur, Luc Besson. Reconnu pour ses productions indignes des salles obscures (‘Yamakasi’, les ‘Taxi’ etc…), le réalisateur du ‘Grand Bleu’ tenait ici une occasion de se racheter une crédibilité de producteur.
On reste cependant très dubitatif devant ce ‘Michel Vaillant’ qui ne saura nous emballer plus que ça.

Doté d’un scenario minimaliste, multipliant les clichés, on a en effet un peu de mal à croire à toute cette histoire. Malgré un Sagamore Stevenin pas si ridicule en héros titre, le film s’enfonce au fur et à mesure que le drama de pacotille se met en place.
Pourtant, les scènes de voitures sont plutôt réussies et heureusement, relativement nombreuses. On a d’ailleurs envie qu’elles se multiplient quand on entend les dialogues minables déclamés sans vie par des personnages frisant parfois la parodie (la méchante notamment).
De même pour l’intrigue, de nombreuses balises colorées nous indiquent la marche à suivre : les méchants sont en rouge et noir, les bons sont en bleu. De même pour les héroïnes, la gentille blonde va s’opposer à, la méchante brune, prête à tout pour arriver à ses fins.
On espérait ne plus voir un manichéisme aussi grossier dans des productions se disant ambitieuse.

Divertissement en dessous de la moyenne, cette adaptation de ‘Michel Vaillant’ ne vaut que par ses scènes d’action à la réalisation dynamique et à la belle photographie. Les autres scènes du film, et l’intrigue dans son ensemble peuvent être mises de côté.
Difficile de parler de déception tant on était sur nos gardes, mais on aurait espéré une meilleure maîtrise pour en faire un film d’un niveau plus correct.

Meurs un autre jour

Trahi dans une mission en Corée du Nord, James Bond est arrété et emprisonné, après avoir tué le colonel Moon et blessé son lieutenant, Zao. Plusieurs mois plus tard, Bond est libéré par les américains, par l’intermédiaire d’un échange.
Une fois sorti, James va avoir pour but de retrouver Zao et d’enquéter sur Gustav Graves, un grand ponte du diamant.

20ème épisode de l’agent secret de sa majesté, et on est tenté de dire qu’il a rarement été aussi en forme.
Malgré des opus récents (‘Le Monde ne suffit pas’ et ‘Tomorrow Never Dies’) plutôt médiocre, Brosnan interprète ici un Bond qui a de la gueule et qui bouleverse un peu la série. En effet, James est cette fois plutôt malmené et cela fait du bien au personnage, qui avait besoin d’être dos au mur pour nous montrer sa force de réaction.

Réalisé par Lee Tamahori (‘L’ame des guerriers’, ‘le masque de l’araignée’), ce dernier a trouvé une formule très efficace et malgré un montage un peu long (une coupe de 10 minutes aurait peut-être été louable), trouve un rythme effréné à ce Bond.
Entouré par des gadgets plutôt classiques, et par une voiture classe (enfin, le retour d’Aston Martin !), 007 est surtout bien accompagné par ses deux James Bond Girls particulièrement bien choisie. L’oscarisée Hale Berry nous la joue punchlines musclées limites (les amateurs d’Austin Powers aimeront), et s’oppose à Rosamund Pike et son côté glaciale qui amène un plus et permet enfin d’envoyer sur les roses un agent qui n’en a pas l’habitude.
Enfin, et c’est suffisamment rare pour le signaler, les méchants sont (enfin) pas trop mauvais. Malgré quelques inepties habituelles, le choix des acteurs et le fond des personnages sont plutot réussis.

Vous l’aurez compris, ce Bond est un bon cru, malgré quelques points noirs. En effet, outre les longueurs, on commence à en avoir un peu marre de cette centralisation sur les pays communistes du globe qui drainent systématiquement un nombre hallucinants de méchants. Mais ne faisons pas trop la fine bouche et apprécions un vrai divertissement cinematographique, et un Bond réussi qui devrait réconcilier les fans avec la série. Les autres pourront aller voir ce film pour vérifier que Bond reste 007 et que finalement, les xXx et autres Ethan Hunt n’entameront pas son mythe… et c’est pas plus mal. Il mourra un autre jour.